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Serge Contesse
"Il est parti sans s'appesantir, en demandant à ses proches de continuer à
sourire et à lui chanter des chansons.
Jusqu'au bout, jusqu'à ce dimanche matin. Serge Contesse aura donné une belle
leçon de vie. Originaire de Revin, dans les Ardennes, il est né en 1925 sous
le signe de la Liberté.
Nous ne sommes pas prêts d'en oublier les
traces: cette allure de gaucho ou de trappeur endurci, ces yeux pétillants
sous les sourcils fournis et ces sourires malicieux derrière la grosse
moustache!
Fils d'un capitaine reconverti dans la photo, Serge Contesse est entré à la
voix du Nord en 1946. Grand reporter puis chef du service photo, il a foulé
le Groenland, accompagné la patrouille de France, fouillé le Mexique, ou
sillonné l'Afrique avec le même souci d'être vrai. Il a su approcher les plus
grands ( De Gaulle, Malraux, la Reine d'Angleterre, le Pape), mais il avait
un faible pour les artistes. Il parlait avec chaleur de quelques rencontres
mémorables: Picasso, Brassens, Piaf, Reggiani, Zavatta...
Pendant sa retraite, depuis vingt ans, Serge s'était entièrement consacré à
sa vraie passion: les tableaux signés Contesse.
Formé aux Beaux-arts, frotté aux forces vives de l'atelier de la Monnaie, ami
intime d' Arthur Van Hecke - son "vieux frère"
disparu il y a si peu et qu'il a vite rejoint, comme prévu-
Il avait présenté sa première exposition
personnelle en 1957 dans le vieux Lille. Simplicité du trait, goût des
couleurs vives, sens des équilibres: il avait beaucoup de talent, cet homme
qui parlait sans emphase de sa "barbouille". Et une inspiration étonnante,
dont il fit souvent la démonstration: c'est au cœur du quotidien, dans le
commun des mortels, qu'il traquait les gestes, les attitudes et les mimiques
que font et refont les humains sur la terre qu'il vient de quitter."
La Voix du Nord
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Serge Contesse, ou
les marionnettes de la vie
Serge Contesse est avant tout un œil; mais c'est aussi un montreur de
marionnettes " les marionnettes de la vie".
En fait, la peinture de Serge Contesse décrit ce qu'il regarde, mais invente
sans savoir qu'il a inventé.
C'est un artiste intuitif, servi par un dessin acéré et une technique
exigeante.
En somme, une sorte de mémorialiste de notre temps dont le regard à la fois
cynique et tendre dépouille avec humour et lucidité les habitudes, les tics,
les incongruités et les soumissions grégaires au "tout pareil" de l'époque
en ses "ready-made".
Le qualifierai-je de caricaturiste? Oui! soit mais alors dans le sens de mise
en valeur des caractères comme le firent autrefois en Grande Bretagne
Hoggarth et Rowlandson au XVIII° et XIX° siècles, et plus proches de nous
Cabu, Wolinski, et Jacques Faisant.
Sous son pinceau décisif et alerte, toute notre société défile, passée au
crible en des couleurs chantantes et joyeuses: plages, bronzette,
audio-visuel, télés publiques ou à péage, supermarchés, transports (amoureux
ou en commun), boulot, dodo, spectacles, motards, rugbymen, footballeurs,
kinés et autres compères, ( je passe et oublie) sans négliger les petites
incursions dans le temps et les historiettes de l'histoire.
Les marionettes de la vie sont animées par le marionnettiste qui endiable et
peint comme personne. RG Mischkind |
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Il
a bravé le Groënland, décollé avec la patrouille de France, sillonné
l'Afrique, fouillé le Mexique, adoré Naples, croisé Picasso sur une plage du
midi, suivi les foires de Lille, côtoyé les tziganes, rencontré l'abbé
Pierre, immortalisé quantité de personnalités de premier plan et de tous
horizons : André Malraux, le pape, la reine d'Angleterre, Georges Brassens,
Édith Piaf, Serge Reggiani ou Achille Zavatta....
Il
a donné de son temps sur tous les fronts : manifestations historiques,
concerts exceptionnels, sommets politiques, grèves, spectacles, foires,
exploits sportifs.
Ce
n'était pas forcément sa tasse de thé. Mais ce grand reporter pouvait nous en
mettre plein la vue avec le souvenir de ses aventures lointaines ou les
traces de ces rencontres au pinacle. Deux exemples : il est le seul au monde
à avoir pu surprendre le Général de Gaulle une coupe de champagne à la main.
Oh, ces bulles si légères et ce profil si grave ! Et qui aurait osé, comme
lui, partir à la recherche des lions échappés d'un cirque sur l'autoroute
Paris-Lille ? On les voit à deux mètres, prêts à croquer l'appareil photo.
Serge Contesse avait la passion du vrai, l'horreur du traficotage, le refus
du vedettariat (comme on disait à l'époque). Il était authentique, intrépide,
malicieux. Et brave. Dans Vigny, il adorait la mort du loup.
Une
autre expédition a passionné l'ancien chef du service photo de la Voix du
Nord : l'exploration du commun des mortels.
Pour Serge, ce commun des mortels valait bien la plus performante des agences
de voyages. C'est une réserve inépuisable de gestes et de visages, de
rencontres et d'événements.
A condition, attention, de savoir encore les regarder !
Suivez le guide, moustache en bataille, yeux aux aguets, sourire en
bandoulière.
Et
pinceaux qui n'en pensent pas moins.
C'est un notable qui reçoit une médaille, un chasseur qui revient bredouille,
un élu qui parade, des vieux qui n'en finissent plus de discuter, des
choristes qui chantent à tue-tête, des jeunes filles qui se balancent, des
goûteurs de vin qui rougissent du nez et puis, même des gens qui n'ont pas
grand chose à faire mais qui le font là, sous nos yeux, avec une application
touchante et une sorte d'étonnement primordial. Lire, coudre, fumer, jouer,
se promener, ausculter, courir, rêvasser, manger, dormir, manifester : tout
se retrouve entre les quatre coins de la toile soigneusement préparée.
Qu'ont-ils en commun, ces personnages dont les yeux s'écarquillent comme des
soucoupes et dont les moindres gestes sont comme sculptés dans le temps ? Ils
donnent au peintre l'occasion de se lier au monde de tous les jours, de faire
jouer sa mémoire et son sens de l'observation. Mais ils lui permettent aussi
de poser des couleurs d'une fantaisie vivace, de composer des équilibres
étonnants et de réussir ce tour de force : donner du relief à l'à-plat. Et
puis , mine de rien, sous leur allure un peu béate ou appliquée, ces
personnages nous renvoient malicieusement à nous même. Candeur ou
provocation ? Tendresse ou ironie ? On s'amuse de voir ces personnages
croqués dans leurs limites, épinglés dans leurs habitudes. Mais on se sent
obligé de les aimer : dans ce bas monde, finalement, qui peut prétendre ne
pas ( ne jamais) faire de la figuration ?
Mais au fait, qui est Serge Contesse ?
Il
est né en 1925 dans les Ardennes, à Revins, sous le signe de la liberté. Fils
d'un capitaine reconverti dans la photo, il est formé aux Beaux-Arts et se
frotte aux bouillants artistes de l'atelier de la Monnaie, à Lille. En 1946,
il entre à la Voix du Nord.
Grand reporter puis chef du service photo, il a le goût du vrai, le sens de
l'audace et l'amour des humbles.
Et
jamais le baroudeur n'oublie ses crayons ou ses pinceaux : la « barbouille »,
pour reprendre son expression, il a ça dans le sang. Mais ni académique ni
abstraite : une peinture proche de l'être humain.
Sous ses allures de gitan ou de gaucho, Serge Contesse cachait une
sensibilité à vif : doux sourire sous la moustache drue, yeux pétillants sous
les épais sourcils.
Sa
première exposition personnelle eut lieu à Lille en 1957. Simplicité du
trait, goût des couleurs pimpantes, sens des équilibres, plaisir des
situations : son talent n' cessé de s'affirmer et de s'affiner dans les
années qui ont suivi, jusqu'à sa mort en juin 2003. Ce grand reporter de
l'ordinaire nous enchante encore : il est vif et pénétrant, vigoureux et
pittoresque, tout entier à cette jubilation qui conjugue le naturel et la
posture. Esprit alerte, main ferme, pinceau léger : le tour est joué. Mais il
en faut, de la finesse et de l'humanité pour ne jamais sombrer dans la
caricature...Savoir sourire de la la vie, ça, c'est vraiment de la nouvelle
figuration !
Bruno
Vouters
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Exposition Serge
Contesse (26 juillet-30 septembre 2012)
« pour lui,
peindre, c'était vital »
Martine Guionnet,
figure emblématique du service de documentation archives de la Voix du Nord,
a vécu trente ans avec Serge Contesse. Comment décrit -elle le photographe et
le peintre qu'elle a vu si souvent travailler ?
« on a voyagé
ensemble aux États-Unis, au Maroc, en Égypte, en Italie...Serge adorait
partir à la découverte. Mais je crois que le voyage qui a le plus compté dans
sa vie, c'est une expédition au pôle nord, pendant de longues semaines. Il en
est revenu avec des images superbes : masses de glace ou visages d'enfants...
Il avait pour la Voix du Nord, des reportages qui l'ont marqué : de Gaulle
dans le Nord ( qui lui serre la main et le remercie d'être là!), le pape, la
patrouille de France, le couronnement de la reine d'Angleterre... Mais ce
qu'il adorait, c'est aller chez les gens. Il aimait bien par exemple faire la
tournée des noces d'or le dimanche matin avec l'adjoint lillois Camelot.
Comme il était chef du service photo, il était un peu moins sur le terrain.
Il voulait que le travail soit soigné, authentique. Il tenait à ce que les
reporter photographes aient trouvé le bon point de vue et le bon
moment...Mais à vrai dire, il était surtout passionné par la peinture. Il ne
pouvait pas s'en passer. C'était vital, c'était tout le temps... Sauf pendant
les vacances, ou il se limitait à des dessins. Quand il était empêché de
peindre, d'ailleurs, il était d'une humeur massacrante, inabordable !
Mais on
s'organisait, justement, pour qu'il puisse travailler entre midi et deux et
le soir après le travail.
Il se réservait
aussi les lundi et mardi, jours de repos. Pour chaque toile il y avait un
dessin préparatoire. Il soignait ses compositions avant de tracer ses traits
noirs et de poser ses couleurs. Tout était étudié mais le résultat devait
être naturel, malicieux, enjoué. Il avait plein d'idées dans la tête, des
portraits, des situations, et il les dessinait avant de peindre...Alors, ne
surtout pas le déranger : non, je barbouille !
Il appréciait
Picasso, de Staël, Miro, Fragonnard, Dubuffet...Et il avait de bons amis dans
l'Atelier de la Monnaie fondé à Lille : Frézin, Derone, Parsy, et puis
surtout Jean Brisy. Quand il allait au marché de la place du concert, le
dimanche matin, pas question de ne pas faire un tour chez le céramiste !
Mais la plus
forte amitié artistique et humaine, c'est avec Arthur Van Hecke. Il disait
que c'était son frère ! Ce qui le chagrinait, c'est la jalousie entre les
peintres. Et il a n'a pu mener à bien son projet de galerie
coopérative...Cela ne l'a pas empêché d'exposer souvent...Serge lisait
beaucoup : romans, biographies...Il adorait la poésie. Il récitait du Victor
Hugo ou du Alfred de Vigny comme par enchantement !...Impossible de résumer
tout ce que nous avons vécu ensemble et tout ce qui a fait sa vie. Mais la
peinture y tenait une place essentielle. C'était nécessaire, fondamental.
Quand malade, il m'a dit qu'il allait arrêter, j'en ai tout de suite eu des
frissons... »
(Propos
recueillis par Bruno Vouters le Lundi 9 juillet 2012)
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